vendredi 10 août 2007

Celle qui se nourrissait de boîtes et buvait des tisanes magiques




(Attention : pas de recette aujourd'hui)

La vie d'un thésard qui passe ses journées à la bibliothèque n'est pas toujours aussi triste et monotone qu'on le pense (même s'il ne rencontre pas de condisciples avec qui déjeuner et papoter dans la salle de détente).

L'autre jour, je feuilletais des bouquins que j'avais attrapés un peu au hasard sur une étagère, pensant qu'ils étaient susceptibles de m'intéresser. Et en parcourant le sommaire de l'un d'entre eux (c'est là qu'on voit si ça va effectivement nous intéresser ou non, mais pas toujours), je suis tombée sur ça (attention, c'est long) :

Chapitre II - Théorie et définitions
I - Extension
A - Extension et intension
B - Extension et extensionalité
II - Extensité
A - Définition
B - Extensité et extension
C - Extensité et intensité
III - Extensivité
A - Etat de la question
[...]
B - Définition
C - Extensivité et extension
1 - Extensivité extensive
ajustement de l'extensité à l'extension
adaptation de l'extension à l'extensité
occultation de l'extension excédant l'extensité
2 - Extensité partitive
infériorité objective de l'extensité à l'extension
dissociation intellectuelle de l'extensité et de l'extension
IV - Extensitude
A - Définition
B - Extensitude et extensivité
C - Extensitude et extensité
1 - Référence et attribution en extensivité extensive
2 - Spécificité et non-spécificité en extensivité partitive
D - Extensitude et intensitude
V - Extensibilité
A - Définition
B - Extensibilité et extensité
1 - Extensibilité positive
2 - Extensibilité négative
C - Extensibilité et extensivité
D - Extensibilité et extensitude
E - Extensibilité et intensibilité
... etc

(ça, c'est un sommaire qui donne envie, ou je ne m'y connais pas)

Je me suis dit :
- soit c'est une plaisanterie,
- soit ce grand savant est un comique qui s'ignore,
- soit il faut que je change de métier.

Heureusement que j'ai mes boîtes et ma potion magique pour me remettre de ces émotions.

Mes boîtes, vous les connaissez déjà un peu (il s'agit souvent de restes, auxquels je tâche de donner une seconde vie) :


Riz, haricots verts et porc mijoté aux "noeuds" de mon papa
Purée de pommes Côteaux Nantais (j'adore)
Mini-cake au thé earl grey S. Aoki (eh oui, on se fait plaisir)
Gaufrettes Manner Schnitten
Thé Fleur de Geisha



Carottes râpées (maison)
Petits sandwichs aux rillettes de sardines aux 2 piments
Petit gâteau chocotonka de Mamina (mais aux framboises)
Abricot, framboises, groseilles
Eau minérale
Café



Spaghetti sautés avec un reste de poêlée
Nectarine blanche
Purée de pommes Côteaux Nantais
Carré aux flocons d'avoine et confiture
Eau minérale
Café



Riz, saumon émietté, concombre, jus de citron vert, nuoc mam, échalote, coriandre
Abricots
Pancakes (en sandwich avec de la confiture Carla)
Thé Montagne Bleue



Salade tomate mozzarella basilic
Saucisson végétal de ma grand-mère (fait à base de soja)
Mara des bois
Purée pommes poires fraises Côteaux Nantais
Chocolate chunk brownies
Jus Qu4ttro Stagioni pamplemousse rose - cranberry



Aubergine et riz & 3 céréales anciennes
Yaourt nature + confiture + framboises
Muffin lait ribot et Nut Nut
Café
Eau minérale


Quant à la potion magique, je veux parler de ça :



Sur la boîte, c'est écrit "Keep your wits about you". Je serais incapable de traduire ça en bon français, mais je pense que le message est que c'est bon pour la tête. Attention, n'allez pas croire que je gobe ce genre d'allégations (sinon, j'aurais acheté plusieurs autres de ces tisanes magiques, qui m'auraient donné une peau lisse et parfaite, des défenses naturelles en béton armé, des cheveux brillants et des ongles renforcés, un organisme purifié, un esprit apaisé et serein, un sommeil de bienheureux, et même une silhouette de rêve). Mais bon, si ça peut juste empêcher mes trois neurones de partir en courant dès que je m'approche de la bilbliothèque, j'en serai déjà très satisfaite (j'espère que ça marche, parce que du point de vue gustatif, c'est plutôt bof, contrairement à un thé vert à la myrte citronnée, qui fut apparemment apprécié).

Côté recettes, rien de nouveau, malgré mes nombreuses expériences nocturnes en cuisine. On ne peut pas tout réussir...



(Mention spéciale à celui ou celle qui a atterri ici en cherchant "comment ne pas faire un gateau", quel esprit rebelle !)

lundi 6 août 2007

Les tartelettes aux mirabelles de belle-maman




A celles et/ou ceux qui se demandent quel est mon domaine d'étude, je peux donner un tout petit exemple à travers l'intitulé de ce billet. Juste une entrée en matière.
A celles et/ou ceux que ça n'intéresse pas du tout, passez directement à la recette.

En lisant "tartelettes aux mirabelles de belle-maman", vous croyez peut-être que je vais livrer la recette de tartelettes de belle-maman, mais non, pas forcément.
Hors contexte, ce groupe nominal est ambigu et peut s'interpréter de deux façons :
a) soit belle-maman a fait les tartelettes, ou c'est sa recette ("belle-maman" se rattache à "tartelettes"),
b) soit belle-maman n'a fait que fournir les mirabelles ("belle-maman" se rattache à "mirabelles").

Les structures syntaxiques sont totalement différentes (d'ailleurs, la prosodie n'est pas la même non plus) :

Interprétation a :


Interprétation b :

(cliquez sur les images pour les agrandir)

Entre parenthèses, je passe mon temps à étudier et à dessiner ce genre de figures qu'on appelle des "arbres". Mais des bien pires, vous pouvez me croire.

Alors, c'est bien beau tout ça, mais à quoi ça sert ?

Je vous laisse choisir la réponse qui vous plaît le mieux (qui ne concerne évidemment pas cet unique exemple, mais tout le domaine des sciences du langage : syntaxe, morphologie, lexicologie, phonologie, sémantique, etc) :

- Réponse standard : à faire avancer la science et la connaissance.
- Réponse de l'angoissé qui se sent obligé de prouver la légitimité de ce qu'il fait : à développer et améliorer les logiciels de traitement de la langue (correcteurs grammaticaux, traducteurs automatiques, résumés automatiques, moteurs de recherche "intelligents", reconnaissance et synthèse vocales, etc).
- Réponse de celui qui se sent agressé par une telle question : à rien.

Pour en revenir à ce qui nous intéresse, c'est l'interprétation b qui est la bonne ici : les mirabelles viennent du jardin de belle-maman (et beau-papa) en Lorraine, mais les tartelettes sont de mon fait.

Au départ, il s'agissait de tartelettes "nues", c'est-à-dire qu'il n'y avait que les mirabelles recouvertes d'un voile de sucre.



J'ai trouvé que le tout était un peu sec, alors j'ai ajouté une couche de frangipane entre la pâte et les mirabelles, ce qui améliore grandement le résultat, même si les mirabelles deviennent anecdotiques (ce n'est pas bien grave si on adore la frangipane).

Tartelettes amandine aux mirabelles


pour 4 tartelettes

une trentaine de mirabelles (250 g ? 300 g ?), idéalement 30 (ce qui fait 15 moitiés de mirabelles pour chaque tartelette)

Pour la pâte sucrée (recette de Patoumi ici)
125 g de farine T80 (je ne la retrouvais plus alors j'ai mis de la T65)
15 g de poudre d'amandes
75 g de beurre froid en morceaux (j'ai mis 50 g beurre salé, 25 g beurre doux)
40 g de sucre
1/2 oeuf

Pour la frangipane
50 g de beurre mou
50 g de sucre blond de canne
60 g de poudre d'amandes
1 oeuf
1/3 c.c. d'arôme d'amande amère (comme pour le 1/2 oeuf, débrouillez-vous)

Je laisse Patoumi vous expliquer la confection de la pâte :
"mélanger la farine et la poudre d'amandes puis ajouter le beurre et malaxer du bout des doigts pour obtenir un mélange sableux assez homogène.
Faire un puits.
Mélanger le demi oeuf et le sucre dans un petit bol, mélanger à la fourchette et verser la mixture dans le puits. Amalgamer pour former une boule de pâte. L'entourer de papier film et la laisser au moins deux heures au réfrigérateur.
Au bout de ce temps, foncer les moules et faire cuire la pâte à blanc une dizaine de minutes dans un four préchauffé à 180° (les bords doivent être à peine dorés)."

Pendant que les fonds de tartelette cuisent, préparer la frangipane :
Dans un bol, mélanger le beurre mou, le sucre et la poudre d'amandes.
Incorporer l'oeuf battu, mélanger.
Ajouter l'arôme d'amande amère, mélanger.

Une fois que les fonds de tartelette sont cuits, les garnir de frangipane et recouvrir avec les mirabelles coupées en deux et dénoyautées (15 moitiés par tartelette c'est bien, mais vous aurez remarqué sur la photo que je n'en ai mis que 12, ce qui était insuffisant, c'est pourquoi je dis 15 a posteriori).
Enfourner 30 minutes environ à 180 °C.


L'environnement dans lequel ces mirabelles ont vu le jour

L'honnêteté culinaire m'oblige à vous dire quand même que mon poulet a préféré les tartelettes "nues" parce qu'on sent mieux les mirabelles. Mais moi, je préfère la frangipane aux mirabelles cuites.

vendredi 3 août 2007

Le rendez-vous des losers (?), et pousses de petits pois




Depuis le 17 juillet, je suis étonnée de voir la masse de personnes qui atterrissent chaque jour sur ce blog en tapant "rater sa vie" ou "comment rater sa vie" sur Google. C'est une démarche intéressante et originale que de chercher à rater sa vie, et je suis flattée que l'on vienne me consulter pour une question si... cruciale (un peu comme on consulte Mercotte pour les macarons, ou Loukoum°°° pour les cheesecakes). Mais je suis désolée de décevoir tous les apprentis losers qui pensent trouver leur bonheur ici : je n'ai pas la recette miracle (et puis quoi encore ? si vous voulez devenir des losers, démerdez-vous).

Si je ne peux rien faire pour les gens en quête de lose, je peux en revanche redonner espoir à ceux qui, comme moi, n'aiment pas (beaucoup) les petits pois : il reste les pousses de petits pois, qui sont délicieux. Au passage, c'est la première et sans doute la dernière recette un peu light que vous trouverez sur ce blog (chez moi, on ne plaisante pas avec la cuisine).

Pousses de petits pois, tout simples



pousses de petits pois (les miens sont conditionnés en barquettes ; je n'en ai jamais acheté, c'est ma maman qui me fournit)
vin de riz (Shao Hsing)
huile
neutre (tournesol, par exemple)
sel, sucre

La marche à suivre est simplissime :
Laver les pousses de petits pois dans un saladier d'eau. NE PAS EGOUTTER.
Chauffer une poêle (ou un wok), avec de l'huile.
Prendre les pousses de petits pois avec la main et les déposer dans la poêle (avec l'eau qui goutte).
Laisser cuire quelques minutes, verser une giclée de vin de riz, du sel et un peu de sucre, mélanger, laisser cuire 1 minute.
C'est tout.

Ca ne fait pas un repas, mais quand on a mangé trop lourd les repas précédents, c'est très bien avec un peu de riz (ici : riz basmati et riz rouge complet mélangés). Simple et léger. Ca permet de se lâcher sur le dessert.

(A celles et ceux qui croient que je suis au bord de la dépression : il en faut plus pour m'abattre. Finie la lose attitude. Je serai bientôt docteur et pour fêter ça, j'organiserai LE pot de thèse du siècle, avec les meilleurs macarons de la galaxie (après ceux de P.H., bien entendu, il faut être modeste, comme le répète souvent ma maman)).


Merci les filles.

jeudi 2 août 2007

Nostalgie, tristesse, furie... et steak tartare




... my life had changed. Not in the way I'd thought, though. I hadn't met the woman I was to go gray with. I was twenty years old, and by the time I was twenty one, I'd be heartbroken. I didn't know that then.

Il y a dix ans, le 2 août 1997, je quittais Vienne après un séjour d'un mois en compagnie de mon acolyte L. Un mois insouciant et heureux, passé à fréquenter les cours d'allemand le matin (séparément : L. dans le groupe de linguistique, et moi dans le groupe de littérature), et à déambuler dans la ville le reste du temps (séparément aussi). Le soir, L. et moi nous retrouvions à la terrasse du Fischer Bräu, tout près de notre résidence universitaire. Un vrai coin de paradis, dont je n'ai trouvé d'équivalent nulle part ailleurs sur terre. A la carte : des tartines (froides et chaudes), des plats simples et nourrissants (escalopes géantes, ribs gargantuesques...). C'est là que nous passions quasiment toutes nos soirées, dans une atmosphère douce et indolente. Je me souviens d'un soir où L. m'avait laissée seule avec mon assiette de gebackene Mäuse* pour se rendre chez le coiffeur, et revenir une heure plus tard comme si de rien n'était. Il était spécialiste de ce genre de choses totalement incongrues.
Je donnerais cher pour remonter dans le pater noster qui menait au resto U, m'asseoir à une table du Kleines Café, ou réentendre la voix qui annonçait les stations dans le tram (existe-t-elle encore d'ailleurs ? je frémis à l'idée qu'on puisse la changer ou la supprimer, mais heureusement je possède des enregistrements). Je donnerais cher pour réécouter L. faire le récit de ses journées dans les piscines en plein air de la ville, ou de ses déjeuners à l'épicerie bio. Je donnerais cher pour me retrouver au cinéma Bellaria, où nous avions vu M le Maudit, ou au milieu des rayonnages de la librairie Morawa.
Je pourrais continuer sans fin...



Ces jours-ci, tous ces souvenirs remontent à la surface et m'emplissent de nostalgie. Je me souviens que c'est pendant cette période que j'ai découvert le cinéma de Haneke. Ulrich Mühe, qui jouait dans plusieurs de ses films, et dont on a pu récemment mesurer tout le talent dans La vie des autres (Das Leben der Anderen), est mort il y a dix jours. Je devais être bien absorbée dans mes angoisses doctorales et existentielles pour passer à côté de cette triste nouvelle, car elle n'est parvenue à moi qu'une semaine après. Mais sa mort me laisse inconsolable.



Enfin, pas complètement. Dans les périodes moroses comme celle que je traverse actuellement, il est quand même une chose qui me réconcilie totalement avec la vie, en plus des gâteaux au chocolat et des cheesecakes : c'est la viande rouge. Bien saignante, voire crue. Pour une carnivore comme moi, c'est le must.
Un soir où j'étais à bout de nerfs (en furie plutôt : j'avais envoyé valser un tas de choses dans la cuisine) parce que tout allait de travers, j'ai ouvert Recettes immorales de Manuel Vázquez (aux Editions de l'Epure) à la page 92 et j'ai préparé un steak tartare en m'inspirant de la recette.
Mon poulet a trouvé que la colère me réussissait pas mal.

Steak tartare


par personne

150 g de boeuf haché (demandez à votre boucher le morceau qui convient le mieux)
1 jaune d'oeuf
1/4 d'oignon rouge haché
1 cornichon haché
1 c.c. de câpres
1 c.c. de persil haché
un peu d'huile
moutarde
sauce Worcester
ketchup
Tabasco
sel et poivre noir fraîchement moulus

La recette... Il n'y a pas de recette, il suffit de tout mélanger, d'assaissonner à son goût.
J'ai servi ce tartare avec des pommes de terre sautées (avec du beurre et de l'ail pressé, comme j'aime).



******

* Littéralement "souris rôties". Il s'agit de beignets en fait, qui étaient servis avec des morceaux de poires, des airelles et de la sauce chocolat. Le genre de dessert que vous ne voulez pas partager tellement c'est bon...

Image : Mondkugel, de Franziska Smolka (1995)

dimanche 29 juillet 2007

Une parenthèse lorraine et des buttermilk pancakes




Pour une journée inoubliable, loin des tracas d'une thèse qui ne veut pas s'écrire, prenez :

- une fête d'anniversaire à L.
- un beau jardin rempli de petits trésors
- une douzaine de personnes réunies autour d'une table
- du champagne à volonté
- le vent et la pluie qui s'invitent à la fête
- des gobelets qui s'envolent, déversant leur contenu alcoolisé sur les pantalons des convives
- une pluie qui se transforme en averse
- des chaises de jardin qui se brisent mystérieusement sous votre poids, provoquant l'hilarité générale
- un chien mâle (inverti ?) poursuivant sans relâche un autre chien mâle de ses ardeurs
- une pièce montée avec ses choux caramélisés croquants sous la dent
- une discussion politique sur le point de tourner au vinaigre, mais finalement non
- un retour bienvenu du soleil à l'heure de l'apéro
- (encore) du champagne à volonté
- des récits policiers (véridiques) dignes des meilleures séries policières américaines
- un poulet fier comme tout, racontant à tout le monde que sa chère et tendre tient un blog de cuisine trop génial, alors même qu'il devait garder le secret
- un dernier verre sur la terrasse alors que la nuit est tombée depuis longtemps

Un grand merci à vous, Joël et Odile, pour votre accueil chaleureux et votre générosité.
Et encore joyeux anniversaire à toi, Théroigne. Que tes rêves puissent devenir réalité.



La veille, avant de prendre le train, j'avais préparé des pancakes pour le petit déjeuner (transition merdique, j'en conviens, mais je n'ai pas trouvé mieux).

Pour obtenir le top du top en matière de pancakes, c'est tout bête : vous prenez les deux meilleures recettes du monde, à savoir celles de Vanessa (Confiture maison) et d'Estelle (Le hamburger et le croissant), et (comme vous n'arrivez pas à vous décider pour l'une ou l'autre) vous faites un mix des deux, en prenant le meilleur de chaque recette.

Buttermilk pancakes (pancakes au lait fermenté)


pour 5 gros pancakes

125 g de farine
30 g de sucre en poudre
1/2 c.c. de levure chimique
1/4 c.c. de bicarbonate de soude
240 ml de lait fermenté* (j'ai utilisé du Yorik)
1 oeuf
15 g de beurre
1 c.c. d'extrait de vanille

Dans un grand récipient, mélanger les ingrédients secs : farine, sucre, levure, bicarbonate de soude.
Dans un bol, faire fondre le beurre (au micro-ondes), puis ajouter le lait fermenté, l'oeuf et l'extrait de vanille, en mélangeant entre chaque ingrédient.
Incorporer le mélange liquide au mélange sec, et mélanger grossièrement le tout. Ne pas trop travailler la pâte, il doit y avoir des grumeaux.
Chauffer une petite poêle antiadhésive à feu moyen, la graisser avec un peu d'huile ou de beurre.
Verser une louche de pâte et laisser cuire 2 minutes environ (des bulles doivent se former à la surface).
Quand le dessous est bien doré (faire attention à bien surveiller la cuisson, ça crame très vite), retourner le pancake à l'aide d'une spatule et laisser cuire 1 minute environ.

On obtient des pancakes absolument parfaits, il n'y a pas d'autre mot (je n'hésite pas à l'employer, étant donné que la recette n'est pas de moi, de toute façon).


A déguster avec du sirop d'érable, ou bien du sirop de cacao**.


Tout le monde les a appréciés. Surtout lui.


* Le lait fermenté peut être remplacé par la même quantité de lait classique, auquel on ajoute un peu de jus de citron.

** Il s'agit du sirop de cacao Terre Exotique (je l'ai déniché à la Grande Epicerie). Je l'avais déjà utilisé .

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

mardi 17 juillet 2007

Comment (ne pas) rater sa vie




Vous avez toujours été très bonne à l'école, et même souvent première de la classe.
Vous avez passé un bac scientifique pour pouvoir "faire ingénieur", ou avocat, ou architecte, ou diplomate, conformément aux voeux les plus chers de vos parents.
On a toujours dit de vous que vous réussiriez dans la vie.
Mais, manque de pot, vous ne voulez pas devenir ingénieur (de toute façon, vous avez horreur des maths). Et vous ne voulez pas non plus être avocat, ou architecte, ou diplomate.
Vous préférez vous lancer dans des études qui vous plaisent et dans lesquelles vous vous épanouissez.

Vous avez trente ans bien sonnés. Et on attend toujours que vous réussissiez dans la vie.
Seulement, vous n'avez pas encore achevé vos études (qui, en passant, ont été une erreur). Donc, à trente ans, vous n'avez toujours pas de métier. Vous êtes en train de tout rater.
On vous considère souvent comme une enfant, puisque vous n'êtes pas dans la "vraie vie", celle des gens qui ont un "vrai" travail, et des "vrais" soucis (le boulot, les traites à payer, la voiture, les enfants, etc). Inutile de vous demander votre avis sur quoi que ce soit puisque votre parole compte pour du beurre (pour les raisons sus-citées).
La preuve ultime que vous n'êtes pas une adulte : vous ne savez même pas conduire.

Vous avez trente ans, et vous n'êtes bonne à rien. Sauf à réussir les macarons une fois sur deux, et à raconter vos élucubrations sur un blog de cuisine, qui n'est même pas un blog de qualité.

******

Cette fois-ci, je n'ai vraiment plus le choix : je vais devoir me faire plus rare sur ce blog (et sur les autres aussi) pour me consacrer entièrement au travail, si je ne veux pas rater complètement ma thèse, et ma vie. Autrement, je serais obligée de m'ouvrir les veines, ce qui serait embêtant, car j'ai encore des tas de recettes à tester, et puis j'aimerais que ce blog vive encore longtemps (sans moi, ce serait difficile, avouons-le).

Donc, je délaisse un peu mon blog, mais comme dit l'autre :
I'll be back.

En attendant, je vous laisse sur le plus réconfortant des gâteaux : le moelleux au chocolat, d'après une recette de maman Crevette.

Moelleux au chocolat



200 g de chocolat noir
130 g de sucre blond de canne
130 g de beurre
100 g de farine
5 oeufs
1 sachet de levure chimique

Faire fondre le chocolat et le beurre.
Ajouter le sucre, mélanger.
Incorporer les jaunes d'oeufs un à un, puis petit à petit la farine et la levure.
Battre les blancs en neige (avec une pincée de sel) et les incorporer délicatement au mélange.
Verser dans un moule (beurré et fariné, si ce n'est pas un moule en silicone).
Enfourner environ 35 minutes à 160 °C.

Ce gâteau est meilleur le lendemain, le surlendemain... bref, il se bonifie au fil des jours (le dessus s'humidifie légèrement) - mais ça ne vous empêche pas de le manger le jour même, si vous êtes vraiment trop désespéré.

dimanche 15 juillet 2007

Sur le trajet du 58




A Paris, tout le monde sait que lorsqu'on est pressé, il est déconseillé de prendre le bus et qu'il vaut mieux se tourner vers la solution rapide et efficace qu'est le métro. Mais comme je ne suis pas une fille pressée, le bus, ça ne me fait pas peur. Au contraire. C'est un vrai plaisir, lorsque je sors du RER aux Halles, ou bien lorsque je quitte mon amie Crevette après un après-midi entier passé au Loir (devant un crumble aux pommes et un chocolat chaud à tomber, par exemple), de prendre le 58 pour regagner mes terres (non, je ne me prends pas pour Lady Chatterley). J'adore ce parcours, qui traverse des quartiers que j'aime beaucoup (Pont Neuf, Odéon, Luxembourg, Vavin, Montparnasse, Maine), et qui, par sa longueur justement, me laisse tout le loisir de rêvasser, de réfléchir aux courses à faire, au repas du soir, au sujet du prochain billet, etc. Bien que j'aie (presque) toujours un livre sur moi, je lis très peu dans le bus : je suis trop distraite par tout ce qui défile à travers la vitre...

Au début du trajet, le passage devant la Samaritaine me replonge immanquablement dans des souvenirs d'enfance : mon grand-père nous y emmenait de temps à autre (il disait "samaLitaine"), et c'était toute une expédition, car nous habitions en banlieue et le trajet en métro nous paraissait alors interminable. Mais qu'est-ce que c'était bien...
Cela me fait de la peine de voir la Samaritaine fermée aujourd'hui : c'est comme si un lien avec mon grand-père avait été définitivement rompu...

Parfois, le parcours du 58 réserve des surprises. Par exemple, il n'est pas rare d'apercevoir des "people" à la terrasse du Comptoir (une fois, c'était Eric Roux), ou le chef en personne dans la salle, au milieu des clients, comme cela m'est arrivé la semaine dernière (si si, je l'ai vraiment aperçu du bus). En le voyant, je me suis dit que cela faisait une éternité que mon poulet et moi n'avions pas mis les pieds à la (bien-nommée) Régalade, qui se trouve pourtant à deux pas de chez nous. Nous y avions mangé une ou deux fois du temps de Camdeborde, et à chaque fois, c'était un festin pour les papilles (et même après son départ, d'ailleurs...).

En ce moment, on peut remarquer des choses plus insolites sur le parcours, comme ces oeuvres éphémères, entre le quai de Conti et la rue Mazarine :















(Je sais que je ne suis pas la seule amatrice de ce genre d'oeuvres éphémères...)

Comme le trajet du 58 est un peu long, il m'arrive d'avoir un petit creux, de ressentir l'envie de grignoter quelque chose. Le plus souvent, ce sera un cookie "extra-noir" de chez Laura Todd, acheté juste avant de monter dans le bus (un autre, "noir et noix", sera mis de côté pour mon poulet). Mais des petits carrés à la confiture, comme ceux de Mitsuko, combleraient tout aussi bien cette petite faim.
Ces carrés, je les avais repérés depuis une éternité et il me tardait d'y goûter... C'est désormais chose faite.
A vrai dire, je les aurais bien fourrés avec de la confiture Carla, malheureusement je n'en ai pas les moyens... Qu'importe ! J'ai mélangé confiture de framboises (dont j'ai légèrement diminué la dose) et chunks noirs, pour un résultat tout simplement fantastique.

Quel plaisir de grignoter ces petits carrés au petit déjeuner avec mon poulet, sur le canapé du salon, en partageant le même magazine...

Carrés aux flocons d'avoine, framboise et chocolat


pour 12 carrés

110 g de cassonade (j'ai pris du sucre brun non raffiné)
125 g de farine
1/4 c.c. de bicarbonate de soude
1 pincée de sel
80 g de flocons d'avoine
115 g de beurre mou
200 g de confiture de framboises
100 g de chunks noirs (ou pépites de chocolat, ou chocolat concassé)

Préchauffer le four à 180 °C.
Tapisser le fond d'un moule rectangulaire (ou carré) de papier sulfurisé.
Dans un grand récipient, mélanger le sucre, la farine, le bicarbonate de soude, le sel et les flocons d'avoine.
Ajouter le beurre et mélanger jusqu'à obtenir une pâte sableuse.
Recouvrir le fond du moule avec un peu plus de la moitié des "miettes".
Etaler la confiture de framboises et parsemer les morceaux de chocolat sur toute la surface.
Recouvrir avec le reste des miettes et presser légèrement.
Enfourner pendant 30 minutes environ.
Attendre que ce soit froid pour couper en carrés.

jeudi 12 juillet 2007

Comment j'ai fait mon coming-out




Depuis quatre mois, je blogue dans le plus grand secret. Depuis quatre mois, je me lance dans des expérimentations culinaires hasardeuses, et mitraille chacune de mes réalisations, qu'elle soit réussie ou ratée. Depuis quatre mois, je passe une bonne partie de mes nuits devant mon ordinateur pendant que mon poulet dort paisiblement. Depuis quatre mois, je monopolise la connexion internet.

Il y avait bien un léger soupçon de son côté, mais aucune question ne m'avait été posée.

La première fois que j'ai eu envie de lui révéler l'existence de mon blog, c'était à la lecture de ce billet, qui avait provoqué l'hystérie la plus totale chez moi : un bloggeur influent m'avait citée parmi ses blogs favoris ! Ca y est, j'étais célèbre !!! Je n'avais qu'une envie, c'était de montrer ce billet à mon poulet et lui dire : "Regarde, c'est moi là ! Tu vois ? Il m'a citée, tu te rends compte ? Ce type-là, c'est une vraie star !"
Pendant un bon quart d'heure, j'ai eu la tête grosse comme une pastèque. Et les chevilles, n'en parlons pas. Mais comme j'avais décidé de garder le silence (un véritable supplice), tout est vite rentré dans l'ordre.

Il n'empêche, ça fait toujours plaisir d'être apprécié de ceux qu'on apprécie soi-même.



Il y a quelques jours, j'ai reçu les cartes Moo que j'avais commandées sur internet. Contrairement à la plupart des bloggeuses qui en ont parlé, j'ai décidé d'en faire des cartes de visite "normales", et non des cartes pour mon blog. C'est curieux, mais je ne me vois pas distribuer l'adresse de mon blog aux gens que je suis amenée à rencontrer dans la "vraie vie" ("Bonjour, je tiens un blog, venez me lire"), et encore moins à mon entourage. En revanche, j'apprécie d'avoir enfin des cartes de visite "qui me ressemblent", pour reprendre les termes d'Anne. Pour moi, elles serviront certainement de marque-page.



Et puis, je ne sais pas pourquoi, ce jour-là, j'ai tout avoué à mon poulet.
J'ai fait mon coming-out.
Parce que, au bout du compte, ce genre de secret ne tient jamais très longtemps. Et parce que, quand même, il se doutait bien de quelque chose...
Auparavant, je lui ai fait jurer de n'en parler à PERSONNE : "Tu n'en parles à personne, hein, tu me jures, hein ? Personne, hein ? Ni tes frères, ni personne d'autre, je ne veux pas qu'on sache, qu'on me lise", etc.

"Je ne veux pas qu'on me lise" : curieux paradoxe.

Mon poulet, maintenant que tu sais tout, ce blog va pouvoir jouer un vrai rôle : celui de livre de recettes, avec les plats que tu aimes, et dans lequel tu pourras puiser quand tu te mettras aux fourneaux...

Les spaghetti carbonara, comme nous les aimons


pour 2 personnes

spaghetti (entre 150 et 300 g selon votre appétit)
100 g de lardons
1 échalote, hachée finement (je sais qu'il n'y en a pas dans les vraies carbo...)
20 cl de crème fraîche
3 jaunes d'oeufs
sel et poivre

Cuire les spaghetti (al dente, c'est mieux).
Pendant ce temps, faire dorer les lardons dans une petite poêle (sans matière grasse, cela va de soi) avec l'échalote, jusqu'à ce qu'ils soient croustillants. Réserver.
Quand les spaghetti sont cuits, les égoutter, puis les remettre dans la casserole avec la crème fraîche, sur feu doux.
Saler légèrement, poivrer, et mélanger.
Ajouter les jaunes d'oeufs, et bien mélanger pour enrober les spaghetti.
Servir dans des assiettes creuses et ajouter les lardons.



lundi 9 juillet 2007

Comment retrouver le moral, sans les trois copains




Quand une gourmande invétérée, bloggeuse à ses heures, ne salive plus à l'idée de confectionner un cheesecake, quand elle ressent la plus profonde lassitude à la seule évocation du mot "macaron", ce sont les symptômes d'un mal qu'elle connaît bien...

En fait, la dépression couvait depuis quelque temps déjà.

Deux semaines auparavant, elle avait revu des amies autrichiennes (en visite à Paris) et s'était rendu compte, à cette occasion, qu'elle ne savait plus l'allemand. Nada. Plus rien. Elle reconnaissait les mots, oui, mais était incapable de décrypter le sens des phrases, malgré des années et des années d'apprentissage et de pratique : ces Viennoises semblaient parler un charabia innommable*.
Ce même jour, dans une rame de métro, elle avait entendu son voisin de siège, dont elle avait malencontreusement frôlé le genou en s'asseyant, marmonner qu'il fallait mettre "tous ces étrangers" dehors, qu'un certain Sarkozy s'en chargerait, etc... Elle s'était alors souvenue de cette femme qui l'avait agressée d'un "Taille-toi, sale chinetoc !" quelque seize années plus tôt, devant la vitrine d'un magasin de chaussures. Et il n'y avait rien à faire : cela l'affectait toujours autant.
Côté travail, ses deux dernières journées à la BNF s'étaient révélées totalement infructueuses : elle n'avait pas avancé d'une page. Pas même d'une ligne (misère de misère).
Et puis, (presque-)belle-maman et (presque-)beau-papa avaient débarqué du fin fond de leur Lorraine, et elle s'était sentie, une semaine durant, privée de toute intimité et - BIEN PIRE - dépossédée de sa cuisine.
Enfin, pour couronner le tout, son pistolet à eau n'avait pas tenu le choc lors d'un assaut d'une extrême violence contre un pigeon qui la narguait du haut de sa cheminée et qui était... hors d'atteinte. La gâchette avait cédé.

Abattue, déprimée, elle avait alors envisagé de suivre les conseils d'une certaine Constance et de trouver le réconfort auprès de ses trois copains.

Puis elle s'était ravisée.

Une rencontre avec un vieux pot,


une promenade,


et quelques douceurs


avaient suffi à lui redonner le sourire. Et l'envie de blogger à nouveau.

Retour en douceur, avec cette glace testée (et validée) un soir de grande fatigue.

Glace express aux fruits rouges


pour 2-3 petits bols

100 g de mélange de fruits rouges surgelés
100 g de framboises surgelées
6 c.s. de lait
1 bonne c.s. de sirop d'agave (ou 2 si vous préférez plus sucré)

Mettre les fruits dans le verre à mixeur et passer 2 minutes au micro-ondes sur mode décongélation (le but étant de les ramollir sans les décongeler complètement).
Verser le lait et le sirop d'agave, mélanger.
Mixer avec le mixeur plongeant.
Servir dans des petits bols, avec des gavottes.


*En fait, ce "charabia" porte un nom : dialecte viennois...

mardi 3 juillet 2007

Egarements




Another day

___There was nothing to it, nothing else for me to do.
___One week you're there, answering the phone, opening the mail, tending to the plants or to what your neighbors or your friends expect. You're waking earlier each morning to that repeating nightmare. Your friends tire of always reaching in, and each time you beg off anyway.
___Look at my face. I've walked out of my life.


Dessin : d'après une photo de Sarah Moon
Texte : Sarah Van Arsdale, in Toward Amnesia